Le trail est en plein essor en Savoie. Le genou — sollicité en descente, sur terrain irrégulier, sur très longues distances — est le premier organe à signaler la surcharge. Voici les pathologies les plus fréquentes du traileur et les stratégies de prise en charge.
Le trail combine plusieurs contraintes spécifiques pour le genou :
Les enquêtes sur les courses longues (UTMB, Diagonale des Fous) montrent que 50 à 70 % des traileurs ressentent une douleur du genou pendant ou après la course. Si la plupart sont transitoires, certaines révèlent une pathologie sous-jacente méritant un bilan.
Surcharge en descente, course longue distance, terrain accidenté. Souvent dégénérative chez le coureur vétéran (>40 ans). Traitement médical en première intention, chirurgie réservée aux blocages.
Douleur antérieure du genou (sous la rotule), aggravée à la descente. Liée à un mauvais alignement, une faiblesse du quadriceps, ou un surentraînement. Traitement principalement médical (kinésithérapie, renforcement).
Syndrome de la bandelette ilio-tibiale (« syndrome de l'essuie-glace ») : douleur latérale du genou en course, classique du coureur d'endurance. Traitement médical (étirements, renforcement fessiers).
Tendinopathie rotulienne (sous rotule), tendinopathie de la patte d'oie (interne et basse), achilléenne. Liées au volume d'entraînement. Traitement par adaptation, kiné excentrique, ondes de choc.
Plus fréquente après 40 ans : usure focale du cartilage (souvent fémoro-tibiale interne). Traitement médical d'abord, parfois chirurgical par microfractures, mosaïcoplastie ou AMIC.
Évolution possible chez le coureur intensif au long cours, particulièrement après lésion méniscale ou cartilagineuse. Prise en charge médicale, ostéotomie tibiale si désaxation, prothèse en dernier recours.
Devant une douleur de genou persistante chez le traileur :
Règle des +10 % par semaine. Périodisation : phases d'augmentation suivies de phases d'allègement. Éviter les courses « surprise » au-delà de l'entraînement habituel.
Quadriceps (squats, fentes), fessiers (pont, soulevés), gainage. 2 séances/semaine en complément des sorties. Travail excentrique particulièrement protecteur en descente.
Cadence élevée (170-180 ppm), foulée courte en descente, regard porté loin, utilisation des bâtons sur les longues descentes. Travail proprioceptif sur surface instable.
Sommeil de qualité, alimentation, hydratation. Écoute des signaux de douleur : une douleur persistante 48h après une sortie est un signal. Pause préventive vaut mieux que blessure curative.
Lésions méniscales (surcharge en descente), syndrome rotulien antérieur, syndrome de la bandelette ilio-tibiale (IT band, douleur latérale), tendinopathies rotulienne et de la patte d'oie, lésions cartilagineuses focales chez le coureur vétéran. Le LCA est moins exposé qu'en sport pivot.
Sur un genou sain, le trail modéré n'use pas le genou. En revanche, sur un genou avec lésion préexistante (méniscale, cartilagineuse), ou en présence de surentraînement répété en descente, le trail peut accélérer la dégradation. Une douleur persistante doit toujours faire l'objet d'un bilan.
La majorité des lésions méniscales du traileur sont dégénératives et répondent au traitement médical (kinésithérapie, infiltration, adaptation des courses). La chirurgie est réservée aux lésions instables, aux blocages, ou aux échecs du traitement médical.
Après méniscectomie partielle : course en ligne droite à 6 semaines, trail facile en montagne à 3-4 mois. Après suture méniscale : trail à 5-6 mois. Après chirurgie du cartilage : reprise plus prudente à 6-9 mois selon la technique.
Progression d'entraînement raisonnable (règle des +10% par semaine), renforcement musculaire (quadriceps, fessiers, gainage), travail proprioceptif et excentrique, chaussures adaptées au terrain, bâtons en descente pour les courses longues, écoute des signaux de douleur.